-
Tout individu a le droit de connaître son passé ainsi
que le droit de le désavouer. L'histoire est l'un des moyens
de retrouver ce passé et de forger une identité culturelle.
C'est aussi une porte ouverte sur l'expérience et la richesse
du passé et d'autres cultures. L'histoire est une discipline
qui développe l'approche critique de l'information et l'imagination
contrôlée.
-
L'histoire a aussi un rôle politique à jouer dans
l'Europe d'aujourd'hui. Elle peut favoriser la compréhension,
la tolérance et la confiance entre les individus et entre
les peuples d'Europe. Elle peut aussi devenir une force de division,
de violence et d'intolérance.
-
La connaissance de l'histoire est importante pour la vie civique.
Sans elle, l'individu est plus vulnérable, sujet à
la manipulation, politique ou autre.
-
Pour la plupart des jeunes, l'histoire commence à l'école.
Elle ne devrait pas consister à apprendre par cur des
faits historiques pris au hasard; elle devrait être une initiation
aux modes d'acquisition des connaissances historiques, de façon
à développer l'esprit critique et à favoriser
un comportement démocratique, tolérant et civilement
responsable.
-
Les établissements scolaires ne sont pas les seules sources
d'information et d'opinion sur l'histoire. Parmi d'autres sources
on peut citer les moyens de communication de masse, le cinéma,
la littérature et le tourisme. Une influence est également
exercée par la famille, les pairs, les communautés
locales et nationales et par les cercles religieux ou politiques.
-
Les nouvelles technologies de communication (CD-I, CD-ROM, Internet,
réalité virtuelle, etc.) sont en train d'élargir
progressivement la portée et l'impact des sujets d'histoire.
-
Il est possible de distinguer plusieurs formes d'histoire: la tradition,
les souvenirs et l'histoire analytique. La sélection des
faits obéit, dans chacune des formes, à des critères
différents. Et ces différentes formes d'histoire remplissent
des rôles différents.
-
Les hommes politiques ont leur propre interprétation de
l'histoire, et certains sont tentés de la manipuler. Presque
tous les systèmes politiques ont utilisé l'histoire
pour servir leurs intérêts et ont imposé leur
version des faits historiques ainsi que leur définition des
bons et des méchants dans l'histoire.
-
Même si leur but est d'être le plus objectif possible,
les historiens sont aussi très conscients de la subjectivité
de l'histoire et des différentes manières dont on
peut la reconstruire et l'interpréter.
-
Les citoyens ont le droit d'apprendre une histoire non manipulée.
L'Etat devrait donc assurer ce droit et encourager une approche
scientifique appropriée, sans déformation religieuse
ou politique, de tout ce qui est enseigné.
-
Les enseignants et les chercheurs devraient se concerter pour assurer
continuellement la mise à jour et le renouvellement du contenu
de l'enseignement de l'histoire. Il est important que l'histoire
avance de pair avec le présent.
-
La transparence devrait être de mise entre tous ceux qui
travaillent dans les domaines de l'histoire, que ce soit la salle
de classe, le studio de télévision ou la bibliothèque
d'université.
-
Une attention particulière devrait être accordée
à la problématique de l'Europe centrale et orientale
qui a tant souffert de la manipulation de l'histoire, même
tout récemment, et qui dans certains cas est encore assujetti
à une censure politique.
-
L'Assemblée recommande au Comité des Ministres d'encourager
l'enseignement de l'histoire en Europe en formulant les propositions
suivantes:
I. La connaissance de l'histoire devrait être une part essentielle
de l'éducation des jeunes. Son enseignement devrait permettre
aux élèves d'acquérir la capacité intellectuelle
d'analyser et d'interpréter l'information d'une manière
critique et responsable, de saisir la complexité des sujets
et d'apprécier la diversité culturelle. Il importe
d'identifier les stéréotypes et autres perversions
fondés sur des préjugés nationaux, raciaux,
religieux et autres;
II. Le contenu des programmes d'histoire devrait être très
ouvert. Il devrait comprendre tous les aspects des sociétés
(l'histoire sociale et culturelle aussi bien que l'histoire politique).
Le rôle des femmes devrait être dûment reconnu.
L'histoire locale ainsi que l'histoire nationale (mais pas nationaliste)
doivent être enseignées, ainsi que l'histoire des minorités.
Les événements controversés, sensibles et tragiques
devraient être équilibrés par rapport aux influences
positives mutuelles;
III. L'histoire de toute l'Europe, l'histoire des principaux événements
politiques et économiques, ainsi que les mouvements philosophiques
et culturels, qui ont formé l'identité européenne,
doivent figurer dans les programmes d'enseignement;
IV. Les établissements scolaires doivent reconnaître
les différentes façons de traiter les mêmes
sujets dans différents pays, et cela peut être développé
comme une base pour des échanges scolaires;
V. L'Institut Georg Eckert pour la recherche internationale sur
les manuels scolaires devrait être soutenu, et les ministères
de l'Education et les éditeurs de manuels scolaires des Etats
membres devraient veiller à ce que la collection de manuels
de l'institut soit maintenue à jour;
VI. Il faut combiner les différentes formes d'apprentissage
de l'histoire (l'étude du manuel, la télévision,
les exposés, la visite de musées, etc.) sans privilégier,
de façon exclusive, l'une d'entre elles. Les nouvelles technologies
de l'information doivent s'intégrer pleinement dans ce processus.
Des critères éducationnels (et académiques)
appropriés pour la sélection du matériel à
utiliser devraient être assurés;
VII. Une plus grande interaction devrait être favorisée
entre les influences scolaires et extrascolaires sur l'appréciation
de l'histoire par les jeunes, par exemple par les musées
(et en particulier par les musées d'histoire), les routes
culturelles et le tourisme en général;
VIII. Les approches novatrices de l'enseignement de l'histoire devraient
être encouragées, ainsi que la formation professionnelle
continue, notamment en ce qui concerne les nouvelles technologies.
L'établissement d'un réseau interactif d'enseignants
d'histoire devrait être encouragé. L'histoire devrait
être une priorité pour les séminaires européens
d'enseignants organisés dans le cadre du programme du Conseil
de la coopération culturelle pour la formation continue des
enseignants;
IX. Il faut favoriser la coopération entre les enseignants
et les historiens, par exemple par le biais du nouveau projet du
Comité de l'éducation du Conseil de la coopération
culturelle sur l'apprentissage et l'enseignement de l'histoire de
l'Europe au XXème siècle;
X. Les gouvernements devraient soutenir la création d'associations
nationales indépendantes des enseignants d'histoire. La participation
active de celles-ci dans l'association européenne des enseignants
d'histoire Euroclio devrait être encouragée;
XI. Un code de conduite pour l'enseignement de l'histoire devrait
être préparé en collaboration avec les enseignants
en histoire, ainsi qu'une charte européenne pour les protéger
des manipulations politiques.
-
L'Assemblée soutient la liberté de recherche académique
mais s'attend également à la même responsabilité
professionnelle que celle demandée aux professionnels de
la radiodiffusion. En conséquence, l'Assemblée recommande
au Comité des Ministres:
I. de demander aux gouvernements d'assurer un financement continu
de la recherche en matière d'histoire et des travaux des
commissions multilatérales et bilatérales sur l'histoire
contemporaine;
II. de promouvoir la coopération entre historiens, en prenant
en compte différentes expériences et opinions, en
vue de favoriser le développement d'attitudes plus ouvertes
et plus tolérantes en Europe;
III. d'assurer la protection du droit des historiens à la
liberté d'expression.
-
Une collaboration européenne dans le domaine de l'histoire
devrait être encouragée. L'Assemblée recommande
au Comité des Ministres:
I. d'étudier les éléments de base des différentes
histoires des peuples de l'Europe qui, acceptés par tous,
pourraient être intégrés dans tous les manuels
d'histoire européenne;
II. d'examiner la possibilité d'établir dans les Etats
membres une bibliothèque électronique de l'histoire;
III. d'encourager les Etats membres à établir des
musées nationaux d'histoire sur le modèle allemand
de la "Maison de l'histoire" à Bonn;
IV. de promouvoir les projets multilatéraux et bilatéraux
dans le domaine de l'histoire et de l'enseignement de l'histoire,
et en particulier les projets régionaux entre pays voisins.
__________
1. Discussion par l'Assemblée le 22 janvier 1996 (1re séance)
(voir Doc. 7446, rapport de la commission de la culture et de l'éducation,
rapporteur: M. de Puig).
Texte adopté par l'Assemblée le 22 janvier 1996 (1re
séance).